Eh ben ce cher Walt Disney, il nous a bien eus ! Quoi ? Non ? Siiii ! La majorité de ses films sont inspirés de contes pour enfants. Ok, ça vous le saviez déjà. Tant mieux. Mais ce que vous ne savez pas, c'est que Monsieur Disney nous a trompé sur la marchandise. En réalité, les histoires qu'il nous raconte dans ses dessins animés aux idées rose bonbon, ce ne sont pas celles qu'on trouve à l'origine dans les contes. Il a beau nous mettre un grand livre de contes qui s'ouvre au début du dessin animé, en fait c'est tout du pipeau. Vous ne me croyez pas ? Vous voulez des exemples ? Très bien, allons-y !
Cendrillon
On connaît tous la version Walt Disney de Cendrillon : Marraine la Fée transforme une citrouille pourrie, des petites souris et une souillon aigrie en un carrosse Ferrari, des valets polis et une princesse qui sourit, ce qui donne un happy end où tout le monde finit très heureux. On est très loin du conte original, écrit par l'allemand Charles Deulin (traduit par les frères Grimm)... Il y a une foule de choses qui changent, mais je me contenterai de vous nommer les plus flagrants :
- Chez Disney, Cendrillon reçoit lors de sa transformation de magnifiques talons aiguille en verre. Wouah ! Comme ça fait « princesse » ! Sauf qu'en réalité, il s'agit de souliers de « vair », soit une sorte d'écureuil au pelage gris. C'est nettement moins glamour. Les chaussures de Cendrillon sont faites en fourrure de rongeur, au secours, appelez la SPA !
- Chez Disney, lorsque les méchantes belles-s½urs essaient la chaussure perdue par Cendrillon, elles ne peuvent pas l'enfiler parce qu'elles ont de trop grands panards. Chez Deulin, c'est nettement moins joli : les belles-s½urs se mutilent les orteils pour pouvoir mettre les chaussures. Un bon petit coup de rasoir dans le talon et le tour est joué.
- A la fin, lors du mariage de Cendrillon avec son prince, les belles-s½urs se font crever les yeux par des pigeons copains de Cendrillon qui les rendent aveugles. Pour une fois que les méchants sont punis comme il se doit, on ne va pas râler : les méchantes belles-s½urs sont aveugles et estropiées, tout est bien qui finit bien.
La petite sirène
C'est l'histoire d'Arielle-la-petite-sirène-transformée-en-humaine-mais-qui-doit-
rester-muette et de son pote Sébastien le crabe, qui tentent désespérément de séduire le beau prince Eric pour éviter de perdre bêtement le pari qu'ils ont fait avec la sorcière des Mers, Ursula. Voilà le résumé de ce qui se passe chez Disney. Inutile de vous dire que ça finit bien.
Chez notre ami Hans Christian Andersen c'est moins gai. Déjà, la petite sirène se fait couper la langue pour qu'elle évite de parler, au moins c'est radical. Ca change un peu de l'image allégorique de Disney où la voix d'Arielle est joliment aspirée dans un coquillage. Mais c'est la fin qui surprend le plus : le connard de prince pour qui elle a tout donné tombe amoureux d'une autre femme et laisse tomber la petite sirène comme une vieille chaussette. C'est très moderne comme conte en fait, la petite sirène est juste une femme d'aujourd'hui... Elle meurt le lendemain des noces et devient un esprit de l'air qui erre durant 300 ans en espérant « gagner » une âme immortelle. Snuf...
Le bossu de Notre-Dame
Là, on n'est plus dans le domaine des contes, la source est un roman de Victor Hugo : Notre-Dame de Paris. Chez Disney, l'histoire d'amour compliquée à la « Top Models » est maintenue (Frollo, Phoebus et Quasimodo aiment Esméralda, qui elle, aime Phoebus), même si la fiancée de Phoebus qu'on trouvait chez Hugo a été supprimée (encore une histoire d'adultère pas jolie-jolie). On se rappelle qu'à la fin, lorsque tout finit bien, Quasimodo (qui finit tout seul comme un con avec pour uniques amies des gargouilles gâteuses) est quand même très heureux pour ses amis Phoebus et Esméralda qui peuvent s'aimer à tout jamais et avoir plein de petits enfants très mignons. Bref ça dégouline de bonheur.
Chez Monsieur Hugo, ça dégouline aussi, mais pas vraiment de bonheur... Tout d'abord, Phoebus est poignardé par Frollo, le méchant jaloux. Esméralda est accusée de meurtre et finit pendue devant Notre-Dame. Quasimodo pousse son maître depuis le haut de la tour le jour de l'exécution avant de se laisser mourir sur le cadavre d'Esméralda, beurk... Tout le monde meurt, personne n'est heureux et c'est aussi bien comme ça.
Pinocchio
Finissons avec Pinocchio. Chez Walt Disney on voit dès le départ que ce petit pantin est un gentil petit bonhomme et s'il fait quelques petites erreurs de parcours c'est juste parce que ses fréquentations douteuses exercent une mauvaise influence sur son cerveau de bois qui n'a encore rien vu de la vie.
Chez Carlo Collodi, le véritable créateur de Pinocchio, il n'en va pas de même. Alors que Gepetto n'a même pas encore commencé à façonner le morceau de bois qui deviendra la future marionnette, le Pinocchio c'est déjà un sale gosse. Et des bêtises il en fait des tonnes ! Il se fout le feu aux pieds, renie son père, fugue de chez lui, se fait mettre en prison plusieurs fois, refuse d'apprendre quoi que ce soit, est constamment guidé par le rythme que lui impose son estomac et n'obéit que si on lui fait du chantage. Il échappe aussi à mille dangers : il est à deux doigts de mourir pendu, il échappe à des brigands, il se fait transformer en âne, il risque de finir en omelette avec des poissons et se fait avaler par un cachalot. Avec tout ça, il mériterait une bonne punition, mais il finit par devenir un « vrai petit garçon », même si on n'est pas vraiment sûr qu'il l'ait mérité.
Voilà. Convaincus ?
Il y a encore tant d'autres exemples ! En vrac :
- Le roi Lion est en fait une adaptation de « Hamlet » la tragédie de William Shakespeare... ça calme, hein ?
- Pocahontas et John Smith ont réellement existés, mais on ne sait rien sur leur prétendue histoire d'amour. Pocahontas a en fait épousé un riche cultivateur de tabac anglais, qui l'a emmenée en Angleterre où elle est morte d'une pneumonie. Voir le film « Le Nouveau Monde » (avec Collin Farell) qui est très réaliste à ce propos.
- Mowgli du « Livre de la jungle » de Kipling est élevé par des loups et pas par une panthère et un ours qui font ami-ami.
- Etc... etc...
Bon. Ne jetons pas la pierre à ce pauvre Walt, j'ai déjà été bien assez méchante. Voyons un peu le côté positif de ses adaptations. On peut dire qu'il a remis au goût du jour des contes un peu vieillots parfois à la limite du gore et les a rendu accessibles aux enfants du XXème siècle.
Si Disney était encore en vie, je suis persuadée qu'il adapterait la vie de Britney Spears en un dessin animé de Bisounours où sa dépendance à l'alcool et à la drogue, ses crises de boulimie chroniques, son irresponsabilité envers ses enfants et sa tendance à la paranoïa seraient en fait les effets d'un mauvais sort lancé par une affreuse sorcière de la jungle hollywoodienne (c'est Paris Hilton qui jouerait le rôle). A la fin, Britney serait délivré du maléfice par un doux baiser de son mari Kevin Federline, qui n'avait en fait jamais cessé de l'aimer malgré ses virées dans les clubs de strip-tease... Comme c'est beau l'amuuuuuuuuur !
LMD

