Comme la période estivale le veut, tout le monde est en vacances ces temps-ci. Enfin, quand je dis tout le monde, je veux surtout dire les autres, parce qu'en ce qui me concerne, les vacances ne sont pas d'actualité pour le moment. Du coup, ma petite vengeance personnelle, c'est de critiquer les vacanciers, pour me sentir moins conne, enfermée comme je le suis, à essayer d'oublier que la piscine est ouverte et qu'il fait beau. Grrr... avec tout le noir que je broie, c'est bizarre que le ciel soit toujours bleu.
Évidemment, c'est un peu réducteur de penser que tous les vacanciers se ressemblent. Loin de là! Si chaque personne est différente, cela signifie que chaque vacancier est différent. Bien, bien, on frôle le génie là, je le sens! Bon, pour éviter de me répandre dans des banalités, voici une petite analyse personnelle des différents types de vacanciers existants, d'après la grande expérience que j'ai en la matière :
1. Le citadin stressé
Le citadin stressé, comme son nom l'indique est une personne habitant en ville, qui est constamment sous pression. En vacances, rien ne change : à côté des affaires de plage, il a emporté dans ses valises son téléphone portable, son ordi portable, son blackberry et quelques dossiers importants à étudier, on-ne-sait-jamais-au-cas-où. Le citadin stressé (ou la citadine stressée, on n'est pas sexiste ici) communique son mal-être psychosomatique à tous ses proches, si bien que le mot "vacances" prend une toute autre signification pour eux : ballotés entre les coups de fil et les mails urgents du citadin stressé, ils sont privés de plage, de visites, de shopping, mais surtout de plaisir. Pour cette raison, en général après une seule expérience de vacances "en famille", le citadin stressé se retrouve seul pour partir en vacances et peut se livrer comme il lui plaît à son petit exercice de je-suis-over-méga-booké-en-vacances-parce-que-je-suis-indispensable. Pour lui, à la mer ou à la montagne, c'est toujours métro-boulot-dodo.
Pourcentage de repos : 8%
Pourcentage de bronzage : 10%
Pourcentage de supportabilité : 5%
Pourcentage de satisfaction : 100%
2. L'intello intéressé
L'intello intéressé ne choisit pas ses vacances par rapport à la mention "All Inclusive" de l'hôtel, ni en fonction du calibrage des grains de sable de la plage. Non, il les choisit en fonction de "ce qu'il y a à voir et à faire". Dès son arrivée, ses vacances deviennent un véritable marathon culturel où l'objectif de la journée est de TOUT VOIR! Son kit de voyage se résume à son appareil photo hyper perfectionné et à un guide de plus de 1000 pages sur les merveilles architecturales, musicales et culturelles de la région qu'il visite. Il quitte son hôtel aux aurores pour être prêt dès l'ouverture des musées, afin d'avoir tout le temps qu'il lui faut pour analyser en détail tout ce qu'il voit. A midi, il se sustente en moins d'une demi-heure d'un sandwich sur le pouce au bord d'une fontaine avant de reprendre sa course effrénée. Il ne rentre à son hôtel que tard dans la nuit, après s'être adouci les oreilles d'une douce mélodie de musique classique (aussi étrange que cela peut paraître, il n'y a pas que les clubbers qui peuvent se permettre de se coucher aux petites heures). Contrairement au citadin stressé, il arrive assez souvent que l'intello intéressé soit accompagné : il semblerait que la culture ça soit vraiment quelque chose d'intéressant et de pas si chiant que ça.
Pourcentage de repos : 15%
Pourcentage de bronzage : 1%
Pourcentage de supportabilité : 40%
Pourcentage de satisfaction : 100%
3. Le baba-cool imbibé
Le baba-cool imbibé appartient à cette catégorie de post-soixante-huitards qui ponctuent toutes leurs fins de phrases par une réplique du style : cool, zen, tranquille. En vacances, il est plus relax que relax. Carpe diem, Inch'Allah, Advienne que pourra, Peace and Love ou encore Hakuna Matata sont sa devise. Son expression faciale - déjà quelque peu réduite, à cause des séquelles laissées par la fumette - devient pratiquement inexistante lorsque celui-ci se rend au bar de la plage pour s'enfiler 1 ou 2, 3 ou 4, 5 ou 6, enfin bref, pour s'enfiler quelques verres de ce nectar sulfureux qu'on appelle "cocktail" : il esquisse alors un large sourire qui reste fixé jusqu'au prochain verre. Ah oui, notre baba ne part jamais en vacances ailleurs qu'à la plage. Pourquoi? Parce que son style short trop grand, T-Shirt trop large, barbe de marin, clope au bec et air ahuri le font passer pour un milliardaire à la Mike Horn, en vacances incognito.
Pourcentage de repos : 100%
Pourcentage de bronzage : 70%
Pourcentage de supportabilité : 30%
Pourcentage de plaisir : 100%
4. La midinette branchée
Oui, la midinette branchée est une catégorie uniquement féminine. La midinette branchée est 100% fashion et 100% cute (ou « kawaii » pour certaines). Seule ou accompagnée, elle fait des ravages sur la plage. Pour elle aussi, impensable de partir en vacances ailleurs qu'à la plage : son objectif est d'exposer sa plastique de rêve aux plus d'yeux possibles (dans les yeux on a dit!). Elle n'arrive à la plage que tard le matin, après avoir passé plus de deux heures à se préparer consciencieusement : maquillage waterproof méticuleux, choix cornélien du maillot de bain, fixage mathématique du paréo, coiffure savante des cheveux qui leur donne un aspect "coiffé-décoiffé". La midinette branchée privilégie les chaises longues en bord de piscine aux plages sablonneuses en bord de mer (trop de sable). Son activité favorite est l'art minutieux du bronzage, où la difficulté consiste à éviter comme la peste le coup de soleil, tout en s'assurant un bronzage homogène et parfait. Lorsqu'elle se décide à se mettre à l'eau (sortez les appareils photo), la midinette branchée fait à elle seule autant de bruit qu'un banc de dauphins en détresse lorsqu'elle se met à rire ou lorsqu'elle aperçoit quelque-chose-de-bizarre-au-fond-de-l'eau. Lorsqu'elle vieillit, la midinette branchée devient une mégère croûtée.
Pourcentage de repos : 70%
Pourcentage de bronzage : 100%
Pourcentage de supportabilité : 20%
Pourcentage de plaisir : 100%
5. Le couple de retraités motivés
Comme son nom l'indique, le couple de retraités se déplace uniquement à deux. Cela fait quarante ans qu'ils partent en vacances ensemble et ils passent leur temps à tout comparer, du genre : "En Grèce, on avait des lits plus souples, mais en Espagne le buffet était plus garni, tandis qu'en Finlande y'avait moins de soleil..." Ils sont allés partout, ils ont tout vu, ils ont tout fait. Dès le premier jour ils connaissent par coeur l'heure des repas et des activités proposées par l'hôtel, ils appellent par leur prénom les organisateurs et tutoient le directeur avec qui ils boivent l'apéro tous les après-midi. Ils ont un point commun avec tout le monde. Ils sont inscrits à tous les tournois et concours : fléchettes, aqua-gym, course-avec-oeuf-dans-une-cuillère-qu'on-tient-dans-la-bouche, T-Shirt mouillé... Le jour où ils partent, tout l'hôtel organise une fête d'adieu et certains disent, une petite larme à l'oeil : "Ca va faire un vide, hein?"
Pourcentage de repos : 40%
Pourcentage de bronzage : 60%
Pourcentage de supportabilité : 80%
Pourcentage de plaisir : 100%
6. Le coincé désespéré
Le coincé désespéré part toujours en vacances seul, car il est tout de même conscient que partir avec sa maman nuirait encore plus à son intégration sociale, déjà peu développée. Son challenge est de se faire au moins un ami et surtout de le garder. Il passe les 2 premiers jours de ses vacances à observer le fonctionnement d'un monde qui lui semble étranger, afin de paraître le plus "normal" possible. Lorsqu'il passe à l'action, il se heurte souvent à des refus massifs parce que son air paumé et son look de boy-scout lui donne davantage l'air d'un psychopathe pédophile que d'un ami potentiel. Il voyage de table en table lors des repas, dans l'espoir de s'incruster tel un chewing-gum collant sur une basket toute neuve. Il erre de chaise longue en chaise longue, tentant désespérément de nouer le dialogue avec un être vivant autre qu'un chat de gouttière. Chaque fois qu'une opportunité se présente, il dégaine sa carte de visite avec son adresse perso, ses 3 adresses e-mail, ses numéros de téléphone portable, privé et professionnel, le tout en prononçant d'un sourire niais la phrase culte que tout le monde redoute : « Comme ça on pourra rester en contact et se revoir. Tu me files ton adresse ? ». Il ne peut rien arriver de mieux à un coincé désespéré que de rencontrer un autre coincé désespéré pour nouer une amitié durable et complètement pathétique.
Pourcentage de repos : 35%
Pourcentage de bronzage : 55%
Pourcentage de supportabilité : 0%
Pourcentage de plaisir : 100%
Si vous ne faites partie d'aucune de ces 6 catégories, Dont worry, be happy, vous êtes un vacancier plus ou moins « normal » qui essaie tant bien que mal d'échapper aux citadins stressés, aux intellos intéressés, aux babas-cool imbibés, aux midinettes branchées, aux couples de retraités motivés et aux coincés désespérés qui rôdent dans leur lieu de vacances.
Bonne chance à tous !
LMD